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Le frelon européen est-il une espèce protégée ?

En Allemagne oui, en France non. Ce que disent exactement les textes, d'où vient la confusion, et ce qui encadre malgré tout la destruction d'un nid.

Une question posée dans les deux sens

Elle arrive de deux camps opposés, et c'est ce qui la rend intéressante.

D'un côté, des gens qui veulent faire détruire un nid et craignent d'être en infraction : « on m'a dit que les frelons étaient protégés, est-ce que j'ai le droit ? ». De l'autre, des gens qui ne veulent pas qu'on y touche — un voisin, un conjoint, un locataire — et qui invoquent la protection pour s'y opposer.

La réponse est la même dans les deux cas, et elle est nette : en France, le frelon européen n'est pas une espèce protégée. Mais la confusion a une origine réelle, et l'absence de protection ne signifie pas qu'il faille détruire.

Ce que dit le texte national

La liste des insectes protégés sur l'ensemble du territoire français est fixée par l'arrêté du 23 avril 2007 (nouvel onglet).

On y trouve des libellules, des sauterelles, des coléoptères et des papillons. On n'y trouve aucun hyménoptère : ni guêpe, ni frelon, ni abeille, ni bourdon. Vespa crabro, le frelon européen, n'y figure donc pas.

Conséquence directe : la destruction d'un nid de frelons européens sur une propriété privée n'est soumise à aucune autorisation administrative, ni déclaration, ni dérogation. Vous n'avez rien à demander à personne, et personne ne peut vous l'interdire au nom de ce texte.

Le cas régional, qui explique une partie de la confusion

Il existe bien un texte de protection propre à l'Île-de-France : l'arrêté du 22 juillet 1993 (nouvel onglet), qui complète la liste nationale par des espèces protégées à l'échelle régionale.

Et il contient des hyménoptères : sept espèces de bourdons y sont protégées. Pas de frelon, pas de guêpe sociale.

Voilà une des sources du malentendu. « Il y a des hyménoptères protégés en Île-de-France » est exact ; « les frelons en font partie » ne l'est pas. La distinction compte pour nous au quotidien : c'est l'une des raisons pour lesquelles les bourdons sont hors de notre périmètre, détaillée dans les bourdons et au glossaire, bourdons protégés en Île-de-France.

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L'Allemagne, l'autre source du malentendu

C'est probablement l'origine principale de la croyance, et elle n'est pas absurde : le frelon européen est protégé en Allemagne, où sa destruction sans motif et sans autorisation est sanctionnée. La même logique de protection existe dans d'autres pays voisins, l'espèce y étant considérée comme régionalement menacée.

L'information a circulé, elle est vraie, et elle a simplement traversé une frontière qu'elle n'aurait pas dû traverser. Une protection nationale ne s'exporte pas : elle vaut sur le territoire du pays qui l'a décidée.

Ce qui reste utile à retenir de ce détour, c'est l'argument de fond : si d'autres pays ont jugé l'espèce digne de protection, c'est qu'elle n'est ni nuisible ni surabondante. Cela n'interdit rien en France, mais cela devrait faire réfléchir avant de détruire par principe.

Ne pas confondre avec le frelon asiatique

L'autre espèce, elle, fait l'objet d'un cadre juridique — mais dans le sens inverse. Vespa velutina nigrithorax est classé espèce exotique envahissante, et la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 (nouvel onglet) organise la lutte contre lui.

Le frelon européen n'entre dans aucun de ces dispositifs : ni plan de lutte, ni signalement, ni prise en charge communale éventuelle. C'est une espèce indigène ordinaire, et c'est pour cela que l'identification compte avant toute démarche — voir frelon asiatique ou européen et ce que la loi de 2025 impose.

Ce qui encadre malgré tout une destruction

« Non protégé » ne veut pas dire « tout est permis ». Trois limites réelles subsistent, et elles ne relèvent pas du droit des espèces.

Le droit des produits. Les insecticides employés contre les nids sont des produits biocides, dont l'usage professionnel est encadré et dont certains ne sont pas accessibles au grand public. Un professionnel travaille sous ce régime ; un particulier qui achète n'importe quoi ne s'y soustrait pas. Voir biocide TP18 et certibiocide.

Le droit de propriété. Un nid situé chez le voisin, sur une partie commune de copropriété ou sur le domaine public n'est pas le vôtre, et vous ne pouvez pas décider seul de son sort. Les cas de figure sont dans locataire ou propriétaire et copropriété et syndic.

Le bon sens du voisinage. Une pulvérisation qui dérive sur le potager, la terrasse ou la piscine d'à côté est un problème en soi, indépendamment de toute liste d'espèces.

Le désaccord de voisinage, et comment le trancher

Il faut dire un mot du cas où la question n'est pas juridique mais humaine, parce qu'il est fréquent.

Quelqu'un — un voisin, un membre du foyer, un locataire — s'oppose à la destruction au nom de la protection de l'espèce. Répondre « c'est faux, c'est permis » met fin au débat juridique et ne règle rien du reste : la personne a un motif réel, qui est écologique, et il mérite d'être pris au sérieux.

Le terrain d'entente existe presque toujours, et il tient dans la distance. Personne ne demande de détruire tous les nids de frelons d'une commune ; la demande porte sur un nid précis, dont l'entrée est à trois mètres d'une porte que des enfants franchissent chaque jour. Formulée ainsi, elle n'est plus une question d'espèce mais une question d'emplacement, et l'accord se fait souvent sur cette formulation-là.

Si le nid est au contraire éloigné des passages, l'opposant a raison sur le fond, et c'est ce que nous dirions nous-mêmes.

Alors faut-il détruire, puisque c'est permis ?

Non, pas systématiquement, et c'est notre position.

Le frelon européen est une espèce indigène présente en France depuis toujours, discrète à distance de son nid, et utile : c'est un chasseur d'insectes, qui régule mouches, chenilles et autres. Il ne quête pas sur les tables comme les guêpes de fin d'été. Une colonie compte quelques centaines d'ouvrières — un ordre de grandeur en dessous d'un nid de guêpes communes, qui se compte en milliers.

La bonne question n'est donc pas « ai-je le droit ? » mais « quelqu'un passe-t-il régulièrement à quelques mètres de l'entrée ? ». Un nid dans un tronc creux au fond d'un jardin, dans un pignon aveugle, dans une grange inutilisée, peut finir sa saison seul : la colonie s'éteint à l'automne, et le nid ne sera pas réoccupé l'année suivante — les colonies sont annuelles.

Quand la réponse est oui — un nid au-dessus d'une porte, dans un coffrage d'escalier, dans une cheminée en service, dans un comble accessible, à hauteur d'enfant —, l'intervention se justifie. Nous la faisons, dans notre limite de 2,50 mètres, perche comprise et jamais de nacelle, au tarif annoncé avant le déplacement : 129 € TTC en semaine, 189 € le week-end. Et quand la réponse est non, nous le disons au téléphone plutôt que de nous déplacer.

Le reste des idées reçues sur l'espèce — la toxicité du venin, l'agressivité, la taille du nid — est passé au crible dans le frelon européen : neuf idées reçues.

Mise à jour : 20 septembre 2026

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