Blog · Frelon asiatique

Le frelon asiatique en Île-de-France : état des lieux

Arrivé en France en 2004, installé en Île-de-France vers 2011-2015, suivi par un plan régional. Ce qui est documenté par département.

Une invasion dont on connaît le point de départ exact

Peu d'espèces envahissantes ont une origine aussi précisément documentée. Le frelon à pattes jaunes, Vespa velutina nigrithorax, est entré en France par une importation de poteries en provenance de Chine, en 2004 ; une femelle fécondée voyageait dans le chargement, et le premier nid a été fondé en Lot-et-Garonne. Tout ce qui a suivi descend de cet événement unique.

La progression a ensuite été rapide et continue, en tache d'huile depuis le sud-ouest : treize départements concernés en 2006, cinquante-six en 2012, plus de soixante-quinze en 2015, et aujourd'hui la quasi-totalité du territoire métropolitain. L'Île-de-France, la Normandie et le Massif central ont été atteints au cours de la période 2011-2014. La façade méditerranéenne et quelques départements de montagne ont été les derniers.

Cette chronologie est utile à connaître pour une raison pratique : elle explique pourquoi la région parisienne est passée, en une dizaine d'années, du statut de territoire indemne où l'espèce faisait figure de curiosité à celui de territoire installé où elle fait partie du paysage ordinaire.

Ce qui est établi pour l'Île-de-France

Deux faits sont solidement documentés et méritent d'être séparés de tout le reste.

L'espèce est installée dans la région depuis le milieu des années 2010. Ce n'est plus une arrivée, c'est une présence. Une colonie découverte dans un pavillon de grande couronne en 2026 n'a rien d'exceptionnel et ne signale aucun front d'invasion.

Un dispositif régional existe depuis 2015. Un plan d'action régional est porté conjointement par la FREDON Île-de-France, organisme de surveillance sanitaire du végétal, et par la fédération régionale des organisations sanitaires apicoles. Il comporte une carte régionale de signalement et une charte de bonnes pratiques de destruction, à laquelle des entreprises adhèrent volontairement et qui fixe des protocoles techniques conciliant sécurité des personnes, sécurité de l'opérateur et protection de l'environnement.

Cette charte est l'élément le plus concret du dispositif francilien, et le moins connu du public. Elle ne crée aucune obligation ni pour vous ni pour un prestataire, et l'adhésion n'est pas un agrément d'État ; mais c'est un repère de plus lorsqu'on cherche un intervenant, au même titre que les questions listées dans choisir une entreprise.

Ce que nous ne publions pas, et pourquoi

Il serait commode de proposer ici un tableau des huit départements franciliens avec, pour chacun, une date de première observation et un nombre de nids recensés. Beaucoup de pages le font.

Nous ne le ferons pas, pour deux raisons.

D'abord, ces dates par département ne sont pas publiées sous une forme consolidée et vérifiable. La colonisation de la région est documentée à l'échelle régionale et sur une fenêtre de plusieurs années, pas commune par commune ni année par année. Reconstituer un tableau à partir d'articles de presse locale produirait une chronologie d'apparence rigoureuse et de fond inventé.

Ensuite, un nombre de nids n'est pas une mesure de population. Ce que recensent les dispositifs de signalement, ce sont des nids déclarés : leur nombre dépend d'abord de la quantité de gens qui savent qu'une plateforme existe et qui pensent à l'utiliser. Une commune qui communique voit ses chiffres grimper sans qu'un seul frelon supplémentaire ne soit né. C'est un biais bien connu des données participatives, et il interdit de lire ces séries comme des courbes d'abondance.

La donnée réellement consultable existe, et elle est ouverte : la plateforme nationale du Muséum national d'Histoire naturelle, frelonasiatique.mnhn.fr, publie la carte des signalements validés, et la FREDON Île-de-France tient la carte régionale. Regarder la carte à jour vaut mieux que lire un tableau figé dans un article.

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Ce qui varie réellement d'un département francilien à l'autre

Si la présence de l'espèce est régionale, les situations concrètes diffèrent, et cette différence-là tient au bâti et au paysage plutôt qu'à une frontière administrative.

Dans Paris et la petite couronne, le tissu est dense, les arbres de haute tige sont surtout des alignements de voirie, des squares et des parcs — c'est-à-dire des arbres publics. La conséquence est juridique autant que technique : un nid perché y est très souvent dans un arbre qui n'appartient pas à celui qui le découvre, ce qui déplace la question vers le gestionnaire de voirie ou le service des espaces verts avant même de parler d'intervention.

Dans la grande couronne, le pavillonnaire, les lisières boisées, les vallées de la Seine, de la Marne et de l'Oise offrent à la fois des supports de nidification et l'eau et le bois dont l'espèce a besoin. Les nids y sont plus souvent sur des parcelles privées, et la question redevient celle d'un propriétaire face à son arbre.

Enfin, l'apiculture urbaine et périurbaine est très développée en Île-de-France, sur les toits comme en jardins partagés. C'est le seul contexte où la pression du frelon devient un problème économique et pas seulement un problème de voisinage.

L'état du droit, au 19 septembre 2026

Le cadre national vient de bouger, et il bougera encore dans les mois qui viennent.

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 a créé les articles L. 411-9-1 et L. 411-9-2 du code de l'environnement : plans national et départementaux, procédure de signalement, financements, indemnisation des apiculteurs. Le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 en fixe les modalités d'adoption. Le plan national a été adopté par arrêté interministériel publié au Journal officiel du 16 septembre 2026 ; il classe les départements selon quatre niveaux de pression et s'accompagne pour 2026 d'une enveloppe exceptionnelle de trois millions d'euros. Chaque département doit ensuite élaborer son plan, sous l'autorité du préfet, dans les six mois.

Deux points à retenir et à ne pas déformer. Le signalement peut passer par le maire : c'est une faculté, jamais une obligation, et aucun texte n'impose à un particulier de signaler, de détruire ou de payer. Et cette loi vise le seul frelon à pattes jaunes ; le statut d'espèce exotique envahissante, lui, vient du règlement (UE) n° 1143/2014. L'analyse complète est dans ce que dit la loi, et l'avancement francilien dans les plans départementaux.

Ce que cela change pour vous, concrètement

Assez peu, et c'est une bonne nouvelle. Une espèce installée depuis dix ans dans une région ne justifie pas un comportement d'urgence. Trois conduites suffisent.

Au printemps, regarder les plafonds des abris, remises et garages avant de les rouvrir : c'est là que se trouve le nid primaire, petit et bas, et c'est le seul moment où une action a un effet net — voir le nid primaire.

En été et en automne, suspendre tout travail vibrant sous un arbre avant d'avoir vérifié ce qu'il y a au-dessus. La quasi-totalité des accidents graves recensés surviennent lors d'une tonte, d'une taille de haie ou d'un élagage à proximité d'un nid non repéré.

En hiver, ne rien faire : le nid découvert dans un arbre nu est vide et la colonie est morte, comme l'explique le nid découvert en hiver.

Sources : FREDON Île-de-France, page « Gestion du frelon asiatique » (fredon.fr/idf) ; Muséum national d'Histoire naturelle, frelonasiatique.mnhn.fr ; Légifrance, Journal officiel du 16 septembre 2026. Consultées le 19 septembre 2026.

Mise à jour : 19 septembre 2026

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