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Frelon asiatique et abeilles : le souci des apiculteurs

Le vol stationnaire devant la planche d'envol, la colonie qui cesse de sortir, et pourquoi c'est de là que vient tout le cadre légal. Ce qui concerne, ou non, un jardin.

Pourquoi cette espèce-là a une loi, et pas les autres

Le frelon asiatique n'est pas plus dangereux pour l'homme que le frelon européen. Il n'est pas plus gros — il est même plus petit. Il ne vole pas la nuit, ne s'invite pas sur les tables, et son venin n'a rien d'exceptionnel.

Pourtant, c'est lui, et lui seul, qui fait l'objet d'un classement en espèce exotique envahissante et d'un cadre de lutte national. La raison ne tient pas à nous : elle tient aux abeilles. Comprendre ce point, c'est comprendre pourquoi tout le dispositif existe, et aussi pourquoi il ne se traduit pas par grand-chose dans un jardin ordinaire.

Ce qui se passe devant une ruche

La scène est la même partout où l'espèce est installée, et les apiculteurs la décrivent d'une même voix.

Un frelon se tient en vol stationnaire à quelques dizaines de centimètres devant la planche d'envol d'une ruche, face à elle, immobile. Il attend. Quand une butineuse rentre ou sort, il la saisit en vol, l'emporte, la découpe et rapporte au nid le thorax — la partie riche en protéines — pour nourrir les larves de sa propre colonie.

Puis il revient. Et d'autres arrivent : plusieurs individus peuvent se relayer devant la même ruche pendant des heures, jour après jour, du milieu de l'été jusqu'à l'automne.

Aucune abeille ne sait répondre à cette attaque-là. Le frelon asiatique est arrivé en France au milieu des années 2000 ; l'abeille domestique européenne n'a pas co-évolué avec lui et ne dispose pas de la parade que certaines abeilles asiatiques emploient contre leurs prédateurs locaux.

Le dégât le plus grave n'est pas la prédation

C'est le point contre-intuitif, et c'est celui qui explique l'inquiétude.

Le nombre d'abeilles capturées, pris isolément, ne suffirait pas à tuer une colonie forte. Ce qui la tue, c'est ce que la pression de prédation provoque : devant une menace permanente à l'entrée, les butineuses cessent de sortir. La colonie se met en défense, réduit ou arrête son activité de récolte, et entre en fin d'été — le pire moment — sans avoir constitué ses réserves.

Le résultat est une colonie affaiblie, mal nourrie, incapable de passer l'hiver. Elle ne meurt pas sous les coups ; elle meurt de ne plus avoir travaillé. Les apiculteurs appellent cela le stress de prédation, et c'est ce mécanisme, plus que le comptage des abeilles perdues, qui rend le sujet sérieux.

S'y ajoute une pression sur d'autres insectes : le frelon asiatique est un chasseur généraliste, et les abeilles domestiques ne sont qu'une part de son régime, particulièrement en milieu urbain où les ruchers sont denses et concentrés.

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Ce que cela justifie, et ce que cela ne justifie pas

C'est de ce constat qu'est née la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 (nouvel onglet) organisant la lutte contre les frelons asiatiques, et le plan qui l'accompagne. Ce que ces textes créent exactement — et ce qu'ils ne créent pas, notamment aucune obligation de destruction pour un particulier ni aucune gratuité automatique — est détaillé dans ce que la loi de 2025 impose.

Ce que la prédation ne justifie pas, en revanche, mérite d'être dit aussi clairement, parce que la cause apicole sert d'argument à beaucoup de mauvaises pratiques.

Elle ne justifie pas le piégeage de printemps généralisé. Les pièges sucrés posés au hasard dans les jardins prennent massivement des insectes non ciblés — abeilles comprises, ce qui est le comble — pour un effet sur la population de frelons que le Muséum national d'Histoire naturelle ne parvient pas à démontrer. Le sujet est traité dans pièges à frelon asiatique au printemps. Le piégeage a un sens sur un rucher effectivement attaqué, conduit par un apiculteur, avec des pièges sélectifs et au bon moment : c'est une tout autre pratique que la bouteille coupée posée sur une terrasse.

Elle ne justifie pas non plus la destruction d'un nid d'automne trouvé en novembre dans un arbre nu. La colonie est en fin de vie, les futures fondatrices sont déjà parties, et l'opération ne réduit pas la population du printemps suivant — voir nid de frelons en hiver.

Si vous avez des ruches

Nous ne sommes pas apiculteurs et nous ne donnons pas de conseil de conduite de rucher : les syndicats et groupements apicoles départementaux, ainsi que les ruchers-écoles, sont les bons interlocuteurs, et ce sont eux qui suivent la pression locale année après année.

Deux choses relèvent en revanche de notre métier et méritent d'être dites.

La première est le repérage précoce. Un rucher attaqué en août signifie qu'une colonie de frelons s'est fondée au printemps à distance de vol — parfois plusieurs centaines de mètres. Le nid primaire de cette colonie était, en avril ou mai, une petite construction basse et abritée, sous un auvent ou dans un abri de jardin, à portée de main. C'est le seul stade où l'intervention est à la fois simple et réellement utile : voir nid primaire de frelon asiatique.

La seconde est notre limite. Un nid secondaire de fin de saison est très souvent suspendu haut dans un arbre, et nous travaillons à 2,50 mètres au maximum, perche comprise et jamais de nacelle. Nous le disons avant de nous déplacer, pas sur place — c'est le sujet de nid de frelon asiatique en hauteur.

Et si vous n'avez pas de ruches

Alors ce dossier ne change presque rien pour vous, et il faut le dire, parce que la couverture médiatique du sujet produit beaucoup d'inquiétude mal dirigée.

Un frelon asiatique qui traverse votre jardin ne menace personne. Il chasse, souvent à plusieurs centaines de mètres de son nid, et sa présence ne prouve donc pas qu'une colonie soit installée chez vous. Il ne viendra pas sur votre assiette et ne volera pas la nuit.

La décision qui vous concerne est la même que pour toutes les espèces que nous traitons : quelqu'un passe-t-il régulièrement à quelques mètres de l'ouverture du nid ? Si oui, la destruction d'un nid de frelon asiatique se justifie. Si non, la colonie s'éteindra à l'automne et le nid ne sera pas réoccupé.

Ce qu'on peut faire de plus utile pour les abeilles

Une remarque pour finir, qui vaut d'être faite par une entreprise de destruction.

Si la protection des abeilles vous tient à cœur, le geste le plus efficace n'est pas de traquer les frelons : c'est de ne pas tuer les abeilles. Chaque été, des essaims et des colonies installées dans un mur ou une cheminée sont détruits à l'insecticide par des particuliers ou par des prestataires qui acceptent la mission.

Nous ne traitons ni les abeilles ni les bourdons, quel que soit le prix proposé : un essaim en grappe repart souvent de lui-même, et une colonie installée relève d'un apiculteur, que la mairie ou un groupement apicole local sait indiquer. La marche à suivre est dans les abeilles. C'est une position de périmètre, et c'est aussi la contribution la plus concrète que nous puissions apporter à ce dossier.

Mise à jour : 20 septembre 2026

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