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Y a-t-il des « années à guêpes » ? Ce qu'on peut dire

Tout le monde a remarqué que certaines années en comptent plus. Ce qui explique vraiment l'écart, ce qui relève du souvenir, et pourquoi personne ne peut prédire la suivante.

Une observation partagée, et une question mal posée

« Cette année, il y en a partout. » « L'an dernier, on n'en a pas vu une. » Ces phrases reviennent chaque été, et elles ne sont pas absurdes : les populations d'insectes sociaux varient réellement beaucoup d'une année à l'autre, bien plus que celles de la plupart des animaux qu'on croise.

Là où la conversation dérape, c'est quand on passe de l'observation à la prédiction : « l'hiver a été doux, donc il y aura des guêpes partout cet été. » Cette déduction est répétée partout, elle paraît logique, et elle ne tient pas. Cette page dit ce que l'on peut affirmer, ce qui reste ouvert, et pourquoi nous ne vendons rien sur une prévision.

Ce qui fait réellement varier une année

Le nombre de colonies d'une saison se joue presque entièrement au printemps, sur un goulot d'étranglement très étroit : le nombre de fondatrices qui survivent à l'hiver et réussissent leur fondation.

Chaque reine a passé l'hiver seule, engourdie dans une fente de bois, un tas de bûches, un grenier. La mortalité hivernale est massive — c'est la règle, pas l'accident. Parmi les survivantes, beaucoup échouent ensuite : elles ne trouvent pas de site convenable, se font manger, ou leur nid de fondatrice ne franchit pas le stade des premières ouvrières. Pendant six à huit semaines, une colonie entière tient en une seule vie, sans aucune redondance. Le déroulé est décrit dans une grosse guêpe seule en avril.

Autrement dit : ce n'est pas le nombre de reines produites à l'automne qui décide, c'est le taux d'échec du printemps. Et ce taux dépend d'une combinaison de facteurs — conditions du printemps, disponibilité des sites, prédation, maladies — dont aucun ne se résume à la température moyenne de janvier.

Pourquoi « hiver doux = invasion » ne fonctionne pas

Le raisonnement intuitif est le suivant : le froid tue les reines, donc moins de froid signifie plus de reines vivantes, donc plus de nids.

Deux objections le désamorcent.

Le froid n'est pas le seul, ni forcément le principal facteur de mortalité. Une reine en diapause est adaptée au froid ; elle est en revanche très vulnérable à l'humidité, aux moisissures, aux prédateurs, et surtout aux réveils intempestifs. Un hiver doux et irrégulier, ponctué de redoux, peut interrompre la diapause d'un grand nombre de reines qui s'épuisent alors sans ressource — c'est exactement le phénomène qu'on observe à petite échelle quand une reine se réveille dans une maison chauffée, décrit dans une guêpe dans la maison en plein hiver. Un hiver doux n'est donc pas mécaniquement un hiver favorable.

Le printemps compte davantage que l'hiver. Une fondatrice qui a survécu doit encore trouver de quoi bâtir et de quoi nourrir ses premières larves. Un printemps froid, pluvieux ou très venteux au mauvais moment fait échouer des fondations qui auraient réussi sinon. Le goulot d'étranglement est là, pas en janvier.

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La part du souvenir, qui est énorme

Il faut aussi accepter une chose désagréable : une partie de l'écart perçu n'existe que dans la perception.

Nous ne comptons pas les guêpes, nous comptons les rencontres. Or une rencontre dépend d'au moins autant de facteurs humains que d'insectes : le nombre de repas pris dehors, la météo des week-ends, le fait d'avoir ou non un nid dans son propre jardin cette année-là, un enfant piqué qui rend toute la famille attentive pendant trois mois.

Un nid installé dans votre coffre de volet suffit à produire un « été à guêpes » subjectif, alors que le quartier n'en compte pas une de plus que l'an dernier. Et il y a l'asymétrie du souvenir : on se souvient des étés où l'on a été gêné, jamais de ceux où il ne s'est rien passé.

Enfin, la chaleur étale l'activité sur plus d'heures par jour sans augmenter le nombre d'insectes — ce point est développé dans guêpes et chaleur.

Ce que nous ne dirons pas

Nous ne publierons pas de prévision de saison, et nous n'annoncerons pas que « 2027 sera une année à frelons ». Trois raisons.

La première est qu'il n'existe pas, à notre connaissance, de dispositif de comptage systématique des colonies de guêpes en Île-de-France qui permettrait de comparer deux années au même endroit avec une méthode constante. Ce qui existe relève du signalement volontaire ou du recours aux soins, et ces sources mesurent autant le comportement des gens que celui des insectes.

La deuxième est que ce type d'annonce est un outil commercial déguisé. « Une année exceptionnelle s'annonce » est une phrase qui fait vendre des contrats de prévention, et c'est très exactement pour cela qu'elle est répétée.

La troisième est que cela ne changerait rien à ce que vous avez à faire. Qu'il y ait dix ou trente nids dans votre rue, la seule question qui vous concerne est : y en a-t-il un chez vous, et gêne-t-il ?

Ce que vous pouvez observer vous-même, et qui vaut mieux

À l'échelle d'un jardin, deux indices valent toutes les prévisions régionales.

Le nombre de fondatrices vues en avril chez vous. Si vous en croisez plusieurs qui inspectent le même abri, votre propriété offre des sites de fondation ; ce n'est pas une prédiction régionale, c'est un renseignement local et actionnable.

La récurrence d'emplacement. Un nid n'est jamais réoccupé — les colonies sont strictement annuelles — mais un endroit attractif le reste d'une année sur l'autre : même coffre de volet, même grille d'aération, même trou de boulin. Le phénomène est expliqué dans un nid de guêpes qui revient au même endroit, et il se règle en refermant la cavité hors saison plutôt qu'en guettant les statistiques.

La conclusion honnête

Oui, les années diffèrent, parfois beaucoup. Non, personne ne peut vous dire aujourd'hui de quoi sera faite la prochaine, et une entreprise qui l'affirme vous vend une certitude qu'elle n'a pas.

Ce qui reste vrai quelle que soit l'année : un nid se décide sur sa distance à un passage quotidien, pas sur une tendance ; une heure de mastic en février supprime plus de nids qu'un piège ; et notre tarif ne varie ni avec la saison ni avec la rumeur — 129 € TTC en semaine, 189 € le week-end, annoncés avant le déplacement, dans la limite de 2,50 mètres, perche comprise et jamais de nacelle.

Mise à jour : 20 septembre 2026

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