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Pièges à frelon asiatique au printemps : avis du MNHN
Une pratique populaire, une recommandation officielle contraire
Chaque année en février et en mars, les mêmes conseils circulent : suspendre des bouteilles coupées remplies de bière, de vin blanc et de sirop, pour capturer les fondatrices avant qu'elles ne bâtissent. L'idée est intuitive — une reine prise, c'est une colonie évitée — et elle est largement relayée, parfois par des mairies et par des associations locales.
Le Muséum national d'Histoire naturelle, qui pilote la plateforme nationale de signalement du frelon à pattes jaunes et suit l'espèce depuis son arrivée, ne recommande pas cette pratique hors d'un cadre scientifique, et la réserve aux ruchers ayant subi de fortes attaques l'année précédente. Cette position n'est pas une opinion parmi d'autres : elle repose sur ce que mesurent les pièges eux-mêmes.
Le chiffre qui règle le débat
Les travaux réunis par le Muséum sur le piégeage de printemps aboutissent tous au même constat : plus de 99 % des insectes capturés appartiennent à d'autres espèces que le frelon à pattes jaunes. Les pièges les plus répandus — bouteille percée, modèle en cloche — tuent en moyenne 96 à 99 % d'insectes non ciblés.
Ce que contient un piège au bout de trois semaines, ce sont donc des mouches, des syrphes, des papillons de nuit, des abeilles sauvages solitaires, des guêpes communes, des coléoptères, parfois des abeilles domestiques. Ces insectes-là ne sont pas des nuisances : ce sont des pollinisateurs et des auxiliaires, dont beaucoup sont en déclin documenté.
Le Muséum va plus loin, et c'est le point que les pages favorables au piégeage omettent presque toujours : des campagnes de piégeage massif et indifférencié pourraient avoir sur les insectes et sur le fonctionnement des écosystèmes un impact négatif supérieur à celui du frelon lui-même. Autrement dit, la mesure censée protéger peut, à l'échelle d'un quartier ou d'une commune, coûter plus qu'elle ne rapporte.
Quant au bénéfice attendu, il n'est pas démontré. On ne dispose pas de résultats établissant qu'un piégeage de fondatrices réduise le nombre de nids sur un territoire. La raison tenable est arithmétique : une reine tuée en mars libère de la place pour une autre, alors que seule une petite fraction des fondatrices parvient de toute façon à fonder une colonie viable.
Pourquoi l'intuition se trompe ici
L'erreur de raisonnement est classique et mérite d'être nommée, parce qu'elle revient dans beaucoup de sujets voisins.
Un appât sucré posé en février n'a rien de spécifique. Il attire ce qui cherche du sucre à cette période, c'est-à-dire tout un cortège d'insectes qui sortent d'hivernage exactement en même temps que les fondatrices de frelon — et qui sont mille fois plus nombreux. Le piège ne trie pas : il concentre.
À cela s'ajoute un effet de perception. Un piège qui se remplit paraît efficace. On le voit plein, on en déduit qu'il travaille. Mais la seule lecture pertinente consiste à ouvrir le piège et à identifier ce qu'il contient, ce que presque personne ne fait — et c'est précisément l'exercice que les études rapportées par le Muséum ont conduit.
S'il faut piéger malgré tout : les conditions
Il existe un cas où le piégeage garde un sens : un rucher attaqué. Un apiculteur qui a vu ses colonies épuisées par le prélèvement de butineuses devant les planches d'envol n'est pas dans la même situation qu'un particulier qui protège un cerisier.
Dans ce cas, les recommandations reprises par le Muséum sont précises. Éviter les pièges bouteille et les pièges cloche, dont la sélectivité est particulièrement mauvaise même adaptés. Préférer les pièges dits « en boîte à cônes », à grosse maille, avec un appât inaccessible : ils descendent autour de 30 % de captures non ciblées, au prix d'un taux de capture très faible. Limiter le piégeage dans le temps et dans l'espace, à proximité immédiate des ruches. Et surtout relever les pièges régulièrement pour relâcher vivants les insectes non ciblés, ou les retirer.
Le principe qui en découle vaut pour tout le monde : un piège qu'on ne relève pas est un piège qu'il ne fallait pas poser.
Ce qui marche réellement, pour un particulier
Rien de tout cela ne signifie qu'il n'y a rien à faire. Cela signifie que l'effort utile est ailleurs, et il est moins spectaculaire.
Le repérage du nid de printemps. C'est la mesure qui a un effet certain, parce qu'elle porte sur une colonie identifiée et non sur une statistique. D'avril à juin, la fondatrice bâtit seule un nid de quelques centimètres, à hauteur de main, dans un endroit sec et tranquille : abri de jardin, dessous d'auvent, coffre extérieur, remise. Un tour des rangements avant de les rouvrir suffit à le trouver. Tout est détaillé dans le nid primaire de frelon asiatique.
Le retrait des sources de sucre au mauvais moment. Fruits tombés laissés au sol, composteur ouvert, jus renversés sur une terrasse : ce ne sont pas des attractifs spécifiques du frelon, mais ils concentrent l'activité d'hyménoptères près des lieux de vie, ce qui est le vrai problème pratique.
Le signalement, si vous le souhaitez. Il est facultatif — la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 prévoit que le signalement peut être établi par l'intermédiaire du maire, sans jamais l'imposer — mais il a une utilité réelle : il alimente la carte de suivi de l'espèce et vous met en relation avec la seule personne capable de dire si votre commune participe financièrement. La marche à suivre est dans signaler un nid.
La protection ciblée d'un rucher, pour qui en a un : muselières, réducteurs d'entrée, harpes électriques, et piégeage conforme aux conditions ci-dessus. C'est un sujet d'apiculture, et il ne se transpose pas à un jardin.
Et les pièges à guêpes de l'été ?
La question suit toujours, et la réponse est voisine sans être identique. Un piège sucré posé en août capture des guêpes ouvrières en grand nombre, ce qui est visible et satisfaisant, mais il ne touche pas le nid — qui continue à produire des ouvrières bien plus vite que le piège ne les prélève. Au mieux, il détourne un peu de trafic d'une table ; au pire, posé trop près, il attire davantage d'insectes qu'il n'en retire. Les gestes qui fonctionnent vraiment sur une terrasse sont réunis dans les guêpes à table.
Ce que nous en disons, et pourquoi
Une entreprise de désinsectisation a un intérêt évident à ce que les gens s'inquiètent tôt et agissent beaucoup. Nous disons pourtant l'inverse sur ce point précis, parce que c'est ce que les données publiées établissent, et parce qu'un piège posé en mars ne nous fait ni gagner ni perdre une intervention : il ne change rien au nombre de nids qui apparaîtront chez vous.
Ce qui change quelque chose, c'est de trouver un nid pendant qu'il est bas et petit. Nous intervenons sur les guêpes, les frelons européens et les frelons asiatiques, à hauteur d'homme, jusqu'à 2,50 mètres — ni perche, ni nacelle —, ce qui fait du nid primaire de printemps notre terrain le plus naturel et des nids secondaires perchés de septembre un cas qui nous échappe. Ni abeilles ni bourdons, dans tous les cas. Le forfait et les conditions sont sur la page tarifs.
Source principale : Muséum national d'Histoire naturelle, dossier « Piégeage de printemps », frelonasiatique.mnhn.fr (consulté le 19 septembre 2026).
Pour aller plus loin
Les pages de référence par espèce
- Plans départementaux frelon asiatique en IDF
- Qui paie la destruction d'un nid de frelon asiatique
- Signaler un nid de frelon asiatique en Île-de-France
- Les guêpes
- Les frelons européens
- Les frelons asiatiques
- Les bourdons
- Les abeilles
- Glossaire des guêpes et frelons
- Tous les conseils
Mise à jour : 19 septembre 2026